Laurent Joffrin pour la riposte graduée: le fantasme du “laissez-faire”

C’est ce matin samedi sous la plume de Laurent Joffrin, directeur de la rédaction de Libé et à ce titre mon patron, et j’en ai recraché ma tartine:

A cet égard, n’en déplaise à l’esprit libertaire en vigueur sur le Net : faute d’avoir choisi le système de la licence globale, le meilleur à nos yeux, la voie choisie par Christine Albanel, d’une échelle graduée de sanctions dans la lutte contre le piratage, est nécessaire. Elle vaut mieux, en tout cas, que le simple laissez-faire.

Curieux raisonnement politique: j’ai aussi soutenu le mécanisme de licence globale (moins mauvais des systèmes plutôt que le meilleur, d’ailleurs) mais l’invocation du spectre du “laissez-faire”, pour justifier un soutien à la politique d’une Christine Albanel alignée sur les plus radicaux et les plus conservateurs lobbies culturels, est stupéfiant.
Qui peut sérieusement parler de “laissez-faire”? La loi s’applique sur le Net comme ailleurs, et on ne peut pas dire que le législateur soit resté passif face au développement du réseau: à coup de LCEN, DADVSI, directives européennes diverse, lois sur les télécoms et myriades d’amendements dans d’autres textes, on frise plutôt le “trop-faire”.

Le mécanisme de riposte graduée envisagé aujourd’hui implique (entre autres joyeusetés) une surveillance massive des activités sur le réseau, la mise en place d’une autorité administrative extra-judiciaire au fonctionnement complexe et la définition d’une nouvelle infraction pour défaut de surveillance de son accès au Net.

Ce n’est pas un hasard si les “libertaires” (!) de la Commission nationale de l’informatique et des libertés ou le Parlement Européen se sont opposés à ce mécanisme ubuesque.

La riposte graduée sera coûteuse, ses conséquences sur la liberté d’expression et l’accès à la culture imprévisibles. Et elle sera très probablement inutile: la surveillance des échanges d’oeuvres sur le Net ne pourra se faire que dans certains espaces publics du réseau, or il est de plus en plus facile aujourd’hui d’échanger massivement des oeuvres à l’abri des nouveaux policiers du Net, par disques dur, clefs usb, emails ou réseaux privés et cryptés.

Il ne s’agit certainement pas d’adopter une chimérique posture libertaire -invective paresseuse de ceux qui ne veulent pas comprendre les ressorts de l’Internet et les interactions complexes entre technique et politique. Mais bien de s’opposer à la mise en place d’une énième usine à gaz inefficace, dangereuse pour les libertés individuelles et qui nie l’apport essentiel de l’infrastructure Internet à la diffusion de la culture: la transformation partielle d’une logique de consommation marchande en logique d’échange culturel.

La question du financement de la création est brûlante, mais il est illusoire d’imaginer la résoudre avec une riposte plus ou moins graduée et un montage parajudiciaire “créatif” -pour ne pas dire hasardeux. Le “faire-n’importe-quoi” serait en ce domaine bien plus dangereux qu’un “laissez-faire” fantasmé.

Toi aussi crée de la valeur!

Editis est vendu et le proprio plus une brochette de cadres dirigeants se partagent 35 millions d’euros. Dégueulasse? Voyons, ne soyez pas bêtement archaïques, bande de boulets. Soyez plutôt modernes, comme la directrice de la communication d’Editis:

C’est pas du copinage. Tout le monde n’a pas vocation à créer de la valeur. Ce système d’intéressement a été conçu comme une forme d’encouragement à ceux qui assument un risque stratégique. Il y a une certaine forme d’éthique.

Une brève histoire de la lutte contre les pirates

pirate.jpgSujet: vous raconterez comment s’est organisée puis développée la lutte contre les pirates de musique et de film sur l’Internet. Vous rédigerez une conclusion sur la base de ces faits donnant votre sentiment.

C’est l’histoire de gens qui crient très fort dans la radio et la télé. Il y a Pascal, et puis un autre Pascal et puis Johnny (celui qui est allé en Suisse en criant, puis il crie plus mais il est resté là bas). Et puis des fois, il y a des moins connus aussi, mais ils crient moins fort. Ils sont tous copains avec le Président de la République, parce que le Président de la République, il sait crier très fort aussi.

Un jour, ils se réunissent et trouvent que tous les gens qui écoutent de la musique et regardent des films avec Internet, comme moi et mes copains, ils font rien qu’à leur faire des misères et à leur voler leur fromage.

Alors ils décident d’envoyer les gendarmes. Ca fait peur parce que les gendarmes, d’habitude, ils s’occupent de gens très méchants, avec des gros révolvers et qui font du mal aux gentils. Là, les gendarmes, ils vont gronder une maman, et puis une jeune fille (avec des boucles) et un professeur aussi. Et ils veulent les mettre en prison avec les gens très méchants avec les gros révolvers.

Mais ça marche pas bien, parce que tout le monde pense que les mamans, les jeunes filles (avec des boucles) et les professeurs, ils sont gentils.

Les gens qui crient très forts et les amis de Sarko, ils disent: “bon, c’est pas grave, on va mettre des tapettes à souris sur la musique et les films”. En vrai, ils appellent pas ça des tapettes à souris, mais des déhèraime.

Ca marchait pas bien, les tapettes à souris: en fait, souvent, ça tapait sur les doigts des gens gentils qui voulaient donner à manger à ceux qui criaient forts. Là où ça fait peur, c’est que les gens qui criaient forts, ils ont dit qu’il fallait envoyer les gendarmes chez tous ceux qui enlevaient les tapettes à souris pour qu’elles arrêtent de casser les doigts des gens gentils. J’ai pas compris pourquoi mais il y a un monsieur important, Hervé Dévé, qui était bien d’accord. Hervé Dévé, il arrêtait pas de dire qu’il voulait donner à manger aux gens qui crient très forts avec les déhèraimes. C’est vrai que si les souris mangeaient tout le fromage, ça faisait plus beaucoup à manger pour les autres.

Là, il y a des gens qui ont dit: faut arrêter les tapettes à souris et donner quand même à manger aux gens qui crient très fort. Ils ont dit d’aller chercher du fromage sur internet pour donner à manger à ceux qui crient et qu’ils arrêtent de crier et qu’ils nous laissent écouter de la musique et regarder des films sur internet. Mais les les gens qui crient très fort, ils ont crié encore plus fort je sais pas pourquoi. Peut être qu’ils étaient habitués à leur vieux fromage, ils en voulaient pas un nouveau.

Hervé Dévé, il s’est battu comme un lion -c’est lui qui l’a dit- pour mettre des tapettes à souris. Et puis les gens qui criaient très forts, ils ont dit, ben non, finalement, c’est pas bien les tapettes à souris.

Et puis comme les gens qui crient très fort, ils sont malins avec plein d’idées, ils en ont eu une autre, d’idée. Ils ont dit: si on peut pas envoyer les gendarmes chez les gens qui écoutent de la musique et regardent des films avec internet, et si on peut pas mettre des tapettes à souris, alors on va leur enlever internet. Mais les gendarmes ils ont pas voulu: ils ont dit qu’ils fallait respecter les droits des hommes, sinon ils allaient être punis. Alors le Président de la République, il a dit, “vous inquiétez pas” aux gens qui crient très forts et il leur a promis des nouveaux gendarmes plus coulants.

Mais attention, ce serait des gendarmes très intéressés aux droits des hommes, aussi. Le Président de la République, il s’intéresse beaucoup aux droits des hommes. En fait, les nouveaux gendarmes plus coulants, ils seraient juste plus intéressés aux droits des hommes qui crient très forts qu’aux droits des autres hommes. Ils s’appellent les adopis. Leur travail, c’est quand quelqu’un crie très fort parce que quelqu’un écoute de la musique sur internet, ils écrivent une lettre à sa maman et puis après ils enlèvent l’internet de toute la famille. Et puis aussi le téléphone et la télévision. Et puis les adopis, ils sont plus forts que Superman, parce que maman, elle a pas besoin de se déplacer ou de parler, elle peut même pas dire que c’est ma faute et moi je peux pas dire que c’est le voisin qui a rigolé avec le wifi pas protégé: l’internet et le téléphone et la télé, ils sont arrêtés tout seul. Fallait pas faire des bêtises avec le fromage des gens qui crient très fort.

Conclusion: je crois pas que les nouveaux gendarmes plus coulants de Nicolas, ils marchent mieux que les tapettes à souris ou les gendarmes de d’habitude. Les gens qui crient très forts, je crois qu’ils doivent aller chercher à manger ailleurs et arrêter de crier, parce que ça fait mal à la tête.

Benjamin, 8 ans

Photo: peasap sous licence Creative Commons

Riposte graduée: la pétition

hf_hometaping.gifLors de la Dadvsi, c’était le collectif Eucd.info et Le Nouvel Observateur qui s’y étaient collés, ce dernier avec une pétition “Nous sommes tous des pirates”. Cette fois, la pétition anti-riposte graduée est hébergée par Science & Vie Micro, le Nouvel Obs ne risquant pas de s’y coller depuis que Denis Olivennes dirige le journal…. après avoir dirigé la Fnac et donné son nom à au rapport menant à la loi.

C’est ici: l’appel contre la loi Hadopi

L’Empire culturel strikes back

C’est reparti. Vous avez aimé la loi Dadvsi (pour rien), voici les industries culturelles strikes back (et elles ne sont pas contentes): la riposte graduée. Ca pétarade au Parlement Européen et, très vite, au Parlement français. Les ténors du cinéma et de la musique reprennent le micro au nom des artistes et nous avertissent: si vous n’acceptez pas des mesures répressives contre les vilains pirates, le ciel vous tombera sur la tête.

Pour se chauffer un peu avant de débattre, on lira:

La Quadrature du Net

Et on écoutera Du Grain à moudre, sur France Culture

A suivre, bien sûr.

Qui veut la peau du domaine public pour faire plaisir à Aznavour?

johnny.jpgLa Commission européenne, par la voix du libéral-rigide Charlie McGreevy, veut allonger la durée des droits des artistes-interprètes à 95 ans contre 50 ans aujourd’hui. Champagne chez Charles Aznavour, Johnny Hallyday et autres chanteurs dont la carrière a débuté à un époque où la télévision était encore un objet de luxe. Leurs premiers tubes, encore vendus aujourd’hui, ne tomberont pas dans le domaine public, selon l’expression dépréciative commune. Ils ne pourront circuler sur des CD pressés par tout un chacun ou être téléchargés sur le Net sans qu’ils puissent réclamer leur dîme.

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Le Libre, en vrai

A Libé, dans le cadre du projet audiovidéo LibéLabo, nous essayons de faire le grand écart: se préoccuper d’utiliser et promouvoir des formats et des logiciels libres, tout en diffusant nos programmes au plus grand nombre. Et le tout avec des moyens-chagrin. Ce n’est pas une surprise, mais c’est très difficile: quelques élément concrets à lire ici (lisez bien les commentaires, on y trouve plein de détails).

Android et la coiffure de Brin

Et voici la vidéo de démonstration d’Android, le futur système d’exploitation pour téléphone mobile de Google. Je ne sais pas comment vous faites pour rester concentré, mais pour ma part je ne parviens pas à écouter correctement un type avec une coiffure pareille.

Sarkozy l’indécent

df4d6a406573f16535ac97315b30db3b.jpg+140% d’augmentation pour le Président de la République. Sur le coup, j’ai cru à une vilaine rumeur, encore un truc agité par les- gauchistes-qui- exagèrent- toujours. Ben non. “Le traitement du Président va être aligné sur celui du Premier ministre”, a confirmé Jean-François Copé, car “être chef de l’Etat, c’est une responsabilité considérable. Je trouve même tout à fait normal que dans ce contexte, le président de la République ait une rémunération qui soit comparable à celle des chefs de gouvernement et des chefs d’Etat des pays européens”.

Première réaction possible: le coup de sang bêtement moraliste. S’autoadjuger ainsi une augmentation pour passer d’un gros salaire à un gras salaire au moment même où l’on s’en prend aux régimes spéciaux de ces “privilégiés” de cheminots, où l’on impose les franchises sur les médicaments, où l’on expulse des sans-papiers à tour de rafles? Quelle honte!

Seconde réaction: l’incompréhension cynique. Mais enfin, il n’a pas les moyens de s’en mettre plein les fouilles discrétos, Sarkozy? Sans se retrouver balancé par Profession Politique? Il ne pouvait pas s’inspirer de Chirac, sur ce coup là?

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Off triple off

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Crédit: flickRarity